Non ! non ! ne partez pas, reprit la reine - Château de Versailles

Me voilà bien loin, chère amie, de l'année 1779 ; mais j'ai préféré vous parler dans un même lettre des rapports que j'ai eus comme artiste avec tous ces grands personnages, dont il n'existe plus aujourd'hui que la fille de Marie-Antoinette. Elle était la femme de France qui marchait le mieux ; portant la tête fort élevée, avec une majesté qui faisait reconnaître la souveraine au milieu de toute sa cour.

Je n’ai jamais eu la jouissance de revoir Marie-Antoinette depuis le dernier bal de la cour à Versailles : ce bal donnait dans la salle spectacle, et la loge où je me trouvais placée était assez près la salle de la reine pour que je pusse entendre ce qu’elle disait.

Je la voyais fort agitée, invitant à danser les jeunes gens de la cour, tels que M. de Lameth, et autres, qui tous la refusaient : si bien que la plupart des contredanses ne purent s'arranger. La conduite de ces messieurs était d’une inconvenience  qui me frappa ; je ne sais pourquoi leur refus me semblait une sorte de révolte, préludant á des révoltes plus-graves. La revolution approchait : elle éclata l'année suivante.

Enfin, il est très difficile de donner, à qui n’a pas vu la reine, une idée de tant de grâces et de tant de noblesse réunies. Les couleurs me manquaient pour peindre cette fraîcheur, ces tons fins qui n’appartenaient qu’à cette charmante figure et que je n’ai retrouvés chez aucune autre femme.

Extraits des lettres de Élisabeth Vigée Le Brun, portraitiste de la reine.

Toujours, Marie-Antoinette 💕

Souvenirs et lettres de Élisabeth Vigée Le Brun ( 1755-1842)

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Ai-je tort de vous écrire aussi souvent ?